SOUS L’OEIL DU RADAR


Article paru dans l’Intelligent d’Abidjan du 20 Mars 2013

Vous arrivez  sur cette route où tous les véhicules roulent à la vitesse de l’escargot malgré une voie totalement dégagée. Vous vociférez, zigzaguez entre les voitures, semez tout le monde et vous faites cueillir comme un fruit mûr par la police radar en faction un peu plus loin. Vous n’avez pas vu les agents camouflés dans des buissons avec leur appareil, tels des coupeurs de route en embuscade, et ils vous ont « flashé». Il ne vous vient même pas à l’esprit de contester votre infraction qui est flagrante. Pas besoin de preuves ! Vous savez pertinemment que vous  êtes en faute.


Cependant, lorsque vous roulez à une allure parfaitement maîtrisée, et qu’un agent sifflet en bouche vous somme d’un geste péremptoire de vous arrêter pour excès de vitesse, c’est un tout autre scénario qui se déroule. Vous demandez avec raison une preuve de votre forfait et c’est là que vous découvrez le pot aux roses, la mascarade. Il n’y a aucun cliché disponible montrant la plaque d’immatriculation de votre véhicule et la vitesse à laquelle vous rouliez sur le lieu du « crime ». Quand vous insistez un peu, on vous demande de vous rendre au siège de l’OSER. Bien entendu, peu de gens ont la patience d’aller jusqu’à ce siège pour s’enquérir de l’existence où non de cette photo. L’automobiliste trop fouineur le fait au risque de voir les esprits s’échauffer. Et il faut être bien téméraire pour « chauffer l’esprit » d’un homme en arme. Le paiement des 2000 F CFA se fait sans trop discuter. 1000 F CFA parfois, pour qui ne veut pas perdre des minutes précieuses à se faire confectionner un reçu que l’agent fera trainer sciemment. Bien entendu, cette somme en dessous du prix réglementaire de la contravention et qui ne bénéficie d’aucun reçu manquera pour l’éternité aux caisses du trésor public.

Il ressort d’une interview d’un responsable de l’OSER réalisée en 2009 que le refus de montrer la photographie aux automobilistes répond à un souci de sécurité et de fluidité routière. Le poste avancé qui « flashe » l’automobiliste et qui possède donc la photo se situe en général à 500m ou 1km de l’unité qui l’intercepte. C’est lui qui communique par radio les indications à ses coéquipiers sur la marque et la couleur du véhicule en infraction. Voir la photo reviendrait donc à faire demi-tour sachant que les routes sont parfois étroites, à sens unique…etc. Alors, toutes les photos sont sur des cartes mémoires, archivées chaque soir au siège de l’OSER et conservée pendant six mois. Vrai ou faux ? Cette raison est-elle toujours d’actualité ? Une petite connexion internet entre les « flasheurs » et les « intercepteurs » pourraient pourtant résoudre la question. Les fichiers seraient envoyés rapidement d’un point à l’autre et adieu les situations embarrassantes où il s’agit de la parole du représentant de la loi contre celle d’un citoyen lambda.

Mais non, on continue tous de se contenter de prétextes douteux, de paiements suspects et de répliques révoltantes comme : « Il n’y a pas de photos. Je t’ai vu avec mes yeux » ou encore « C’est 2000 mais payes 1000 F CFA tu vas partir vite ». On ne discute pas de l’acuité visuelle de l’œil du radar.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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