UN BUS DANS LA LAGUNE


17 Juil. 2012

Article paru dans l’intelligent d’Abidjan du 11 Juillet 2012
6 Août 2011. Combien de personnes se souviennent de cette date ? Et pourtant un évènement sans précédent avait secoué le pays tout entier. Les ivoiriens, la veille de la commémoration de leur indépendance, avaient été frappé par la mort. 3 jours de deuil national, drapeaux en berne et festivités annulées. Pour ceux qui n’ont pas encore compris, il s’agit du tristement spectaculaire plongeon du Bus de la ligne 19 dans les eaux nauséabondes et sales de la lagune Ebrié. 

La nouvelle avait faire le tour d’Abidjan comme une trainée de poudre. Les images relayées par la télévision avaient fini de convaincre que ce n’était pas une rumeur ou une blague de très mauvais goût. Le mastodonte avait bel et bien heurté un garde-fou avant de finir sa course dans la lagune. N’étant pas amphibie, il avait coulé avec ses passagers ne laissant que quelques survivants traumatisés. 
C’est en toute légitimité que l’on s’était posé des questions. Qui était responsable de ce drame? Le chauffeur de Bus ? Le propriétaire d’un certain véhicule mal stationné ? Le rempart ? Aurait-on pu éviter cela ? Est-ce que les passagers du bus étaient en surnombre ? Le rempart était-il de bonne qualité ? Est-ce que le chauffeur de bus était fatigué ? La SOTRA forme-t-elle ses conducteurs pour pouvoir faire face à de tels incidents? Nos pompiers sont-ils compétents et outillés pour gérer ce genre de catastrophe (l’Onuci avait dû venir en renfort). 
Une enquête a été ouverte à l’époque pour situer les responsabilités. Bientôt un an que l’accident a eu lieu et j’avoue ne pas avoir vu passer sur internet ou dans les médias un quelconque rapport d’enquête. L’enquête en cours poursuit son marathon et les questions restent sans réponse. La vie continue. On reprend le bus avec ses bons et ses mauvais côtés parce que, malgré tout , il dépanne. Tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir une voiture ou d’emprunter exclusivement les autres moyens de transport en commun (qui comportent d’ailleurs eux aussi leur lot de danger). Mieux vaut prévenir que guérir ? Ce dicton n’est pas pour nous autres, fanatiques de la médecine pratiquée après la mort du patient. Et pourtant même en temps que médecin légiste nous ne sommes pas fameux puisque incapables de déterminer la cause du décès. Nous attendons un autre accident pour nous offusquer, nous indigner, nous lamenter, pleurer, faire des dons plus ou moins importants, prendre des résolutions et jeter aux oubliettes toutes nos bonnes intentions une fois que la nouvelle ne sera plus sous le feu des projecteurs et que l’oubli aura fait son office grâce au flot d’informations qu’on ingurgite chaque jour. 
 Il ne serait pas étonnant d’entendre des gens se demander en lisant cet article aujourd’hui ou dans un futur proche « Un bus dans la lagune ? Quel bus ? »
photos: Abidjan.net
categories Chroniques

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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