Zéro grossesse à l’école: l’affiche qui fâche


29 Avr. 2015

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Zéro grossesse à l’école: voici l’affiche qui fâche. Une jeune fille en tenue d’école, cheveux courts et visage enfantin. Elle ne doit pas avoir plus de 15 ans. Elle ne devrait pas parler de moyen de contraception. Pas à son âge. C’est bien trop tôt. Enfin, pour certains. Pour d’autres, le message est plutôt judicieux. Il ne faut pas se voiler la face, les publicités invitant à l’abstinence n’ont pas fonctionné. Nos petites « Eve » goûtent de plus en plus tôt au fruit défendu. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le Ministère de l’Education Nationale de Côte d’Ivoire au titre de l’année académique 2014-2015: « 4.250 cas de grossesses au secondaire dont 30% d’élèves engrossées entre 9 et 15 ans. 672 cas de grossesses au primaire d’octobre à la mi-mars ».

Pour moi, cette publicité est l’expression d’un gros échec de notre société. Échec du système parental, du système éducatif, voire même du système religieux.Si l’abstinence n’a pas marché et qu’on décide de prôner la contraception, qu’en sera-t-il si la contraception ne marche pas? Va-t-on faire des publicités pour montrer comment avorter sans risque? Ou alors comme le proposait quelqu’un, va-t-on faire des campagnes obligatoires pour injecter des contraceptifs longue durée aux élèves?

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Oui s’abstenir est difficile dans notre société actuelle, mais la faute nous incombe.

On ne peut pas vouloir une jeunesse qui pratique l’abstinence et permettre à longueur de journée que la télévision montre des filles à moitié nues. Des films où les gens passent leur temps à s’amouracher, à des heures de grandes écoutes. Des films où ce sont les gens les plus dépravés qui sont les plus cools. Des films où il y a toujours un charmant couple homosexuel. On ne peut pas faire tout ça et s’étonner que notre sens moral soit mis à rude épreuve. La ligne entre le bien et le mal devient de plus en fine et poreuse. Nous savons tous comment les médias peuvent influencer la population.

On ne peut pas vouloir prôner l’abstinence et ne pas interdire formellement par exemple l’accès aux bars et aux boîtes de nuit aux mineurs. les CD et revues pornographiques sont exposés et vendus dans la rue sans que cela n’émeuve personne.

De nombreux parents se sont lavés les mains de l’éducation de leurs enfants. Ils comptent sur l’école pour faire le travail. Pas de relation de confiance, pas de discussion sur la sexualité. Les enfants portent ce qu’ils veulent, regardent ce qu’ils veulent, entrent à la maison à l’heure qu’ils veulent. Ils sont comme de la volaille élevée en divagation. L’école est supposée être la panacée.

On oublie que l’école de nos jours a perdu une bonne partie de ses attributs qui lui permettait d’avoir une véritable autorité sur les élèves. Je connais des écoles où le professeur n’a pas le droit de frapper l’élève, il n’a pas le droit de le gronder car il peut le traumatiser. Mieux encore, il n’a pas le droit de le mettre dehors s’il perturbe la classe, car ses parents ont payé pour qu’il soit dedans. Le professeur enfin n’a pas le droit de donner zéro à l’élève turbulent. L’enseignant devient donc une parodie d’autorité, un épouvantail qui ne fait même pas peur. Un élément du décor.

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Et la religion? Celle-là même qui pouvait rectifier le tir commence aussi a perdre sa crédibilité avec les querelles intestines et les nombreux scandales financiers et sexuels qui la minent. L’enseignement est dilué. On veut que les livres saints s’adaptent à nos vies et non l’inverse. Les bergers offrent leurs brebis aux loups ou les mangent eux-mêmes.

Non. Il ne suffit pas de demander aux jeunes filles d’utiliser un contraceptif. Je vois mal une fille de 13 ans aller acheter un préservatif en pharmacie ou prendre un rendez-vous avec un gynécologue pour demander une pilule adaptée. Elle sait bien que l’acte qu’elle pose n’est pas normal même si la société le tolère. Il faut réfléchir encore.

Et puis, un autre fait que je trouve dommage, c’est que la société quand elle est animée par des sursauts de lucidité, se contente souvent de demander à la fille de s’abstenir. Et les garçons? L’acte sexuel les concerne aussi. Quand on félicite la fille qui arrive vierge au mariage (même ça c’était avant, aujourd’hui tu es une bête de foire), et qu’on félicite l’homme qui aligne les conquêtes, il y a problème. Ce n’est pas logique.

Le mal est donc profond. Le changement de message peut s’avérer payant pendant un moment, mais si les causes endogènes ne sont pas mises à jour, le problème continuera.

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categories coup de gueule

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

10 thoughts on “Zéro grossesse à l’école: l’affiche qui fâche

  1. C’est une bien triste réalité que tu soulève ici, Yehni, Hormis une stratégie de communication bien plus efficace, avec au préalable une bonne analyse de la situation, à mon avis une éducation des enfants aux médias, aussi bien à l’école qu’à la maison s’impose. Aujourd’hui le contenu des médias fait autant de ravage que la guerre.

  2. cette pub est bien analysée mais je pense que quelque que soit les parents, la religion ou l’éducation, la personnalité a une part plus importante dans ce choix d’abstention. On aura beau dire ce qu’on veut si un enfant est convaincu d’un truc il le fera (d’où les bêtises que l’on fait enfant). je pense qu’il est donc judicieux d’aborder les deux sens: on pourrait le voir comme l’abstinence pour celle qui ne sont pas encore tombé dans ce cercle et la contraception pour celle qui ont déjà des rapports sexuels. Moi c’est comme ça que je le vois.

  3. Franchement j’avais pas linfo relative a la contraception à l’école. J’avoue que je suis sous le choc. Bravo Yehni. Attention. Danger! Mais ou va le monde? Je suis plus qu’inquiète pour nos enfants. Nos parents nos ont transmis une bonne éducation pourquoi vouloir éduquer nos enfants comme des cochons de laboratoires avec des nouvelles méthodes expérimentales qui prédisent un échec inouï. Seigneur envoi ton esprit renouveler la surface de la terre.

  4. Vous dites « Je vois mal une fille de 13 ans aller acheter un préservatif en pharmacie ou prendre un rendez-vous avec un gynécologue pour demander une pilule adaptée. Elle sait bien que l’acte qu’elle pose n’est pas normal même si la société le tolère. Il faut réfléchir encore. » en quoi cela n’est pas normal? On nous cache la vérité sur le sexe, sur notre corps, sur les envies sexuels quand l’Homme est fait de cela. Autant en parlé que de caché et ensuite le découvrir par des pervers qui veulent abuser de jeunes filles ou jeunes garçons. Une fille de 13 ans qui pars chez un gynéco et utilise des contraceptions je pense qu’elle est réfléchie car elle consciente des conséquences de son acte donc préfère se protéger. Nos parents ne nous parlent même pas des règles et un matin tu te réveil avec le sang sur toi tu sais même pas ce que cela signifie. A trop protéger les enfants de la vérité on les mets plus en danger. Le message de contraception est nécessaire et doit se faire autant pour les filles que les garçons.

    1. Hello Akouassi. Si pour vous une fille de 13 ans sexuellement active c’est normal, je crois que nous n’avons tout simplement pas la même conception de la vie. Le fait que quelque chose existe ne suffit pas pour que cette chose soit bonne ou normale à mes yeux. Et puis, le problème n’est pas de ne pas parler aux enfants de sexualité. Si vous relisez l’article vous verrai que j’encourage vivement les parents à le faire. Il est important que les parents sensibilisent les enfants. Ils peuvent par exemple les conduire à 13 ans chez des gynécologues pour des cours d’éducation sexuels s’ils veulent, c’est leur droit. L’école même devrait aussi en parler pendant les cours d’ECM. Ma réflexion portait sur la question suivante: « vous pensez vraiment qu’une fille de 13 ans, sexuellement active, oserait aller prendre SEULE un rendez-vous chez un gynécologue ou acheter SEULE des préservatifs en pharmacie? ». Si votre réponse est « oui ». La mienne est « non ». Tout simplement. Je partage cependant votre point de vue sur la nécessité de sensibiliser à la fois les filles et les garçons.

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